Mon père, ma s½ur et moi avions décidé, en cette soirée d’été, de revisiter nos souvenirs, de déballer le passé enfermé dans une boîte depuis trop longtemps. Je balayai du regard, les photos et m’arrêtai sur une en particulier. Elle représentait un couple d’une trentaine d’année avec deux bébés dans les bras, à vrai dire, c’était mon père, ma mère et nous deux à l’âge d’un an. Un grand sourire ébauchait leurs visage ridés par le bonheur. Ils étaient heureux, ils prenaient la pause avec leurs deux filles: premier portrait de famille figé sur le papier, éternel dans le temps qui file à toute allure. Une lueur illuminait leurs yeux, la lueur du bonheur surement. Je levais la tête et dévisageais mon père. La lueur avait disparu et avait laissé place à une gravité, à une menace sans nom dans son regard. Les rides ne témoignaient plus de joie mais le poids du temps, le poids d’une solitude de plus en plus pesante. Pendant un instant, il avait oubliait que la femme qu’il aimait était parti, qu’elle l’avait quitté pour un autre, que leur amour avait failli. Puis la réalité apparu comme une grosse gifle. Sa femme avait changé de vie et transformait l’avenir mais ce qu’il ne savait pas encore, c’est qu’elle avait rayé le passé, condamné à pourrir dans un vieux placard car il faisait trop mal. Mon père prit la photo et la rangea, il jeta un dernier coup d’½il et versa une larme sur ce portrait de famille, à présent divisée à jamais.
mamzell-caillou
16 ans
Quelque part
(02)
France